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Biographie |
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Énéide
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chant VI |
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34-91 : Junon déchaîne la tempête
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Vix e conspectu Siculae telluris in altum uela dabant laeti, et spumas salis aere
ruebant, 35 cum Iuno, aeternum seruans sub pectore
uolnus, haec secum: « Mene incepto desistere
uictam, nec posse Italia Teucrorum auertere regem? Quippe uetor fatis. Pallasne exurere
classem Argiuom atque ipsos potuit submergere
ponto, 40 unius ob noxam et furias Aiacis Oilei? Ipsa, Iouis rapidum iaculata e nubibus
ignem, disiecitque rates euertitque aequora
uentis, illum expirantem transfixo pectore flammas turbine corripuit scopuloque infixit
acuto. 45 Ast ego, quae diuom incedo regina, Iouisque et soror et coniunx, una cum gente tot
annos bella gero! Et quisquam numen Iunonis
adoret praeterea, aut supplex aris imponet
honorem?» Talia flammato secum dea corde
uolutans 50 nimborum in patriam, loca feta furentibus
austris, Aeoliam uenit. Hic uasto rex Aeolus antro luctantes uentos tempestatesque sonoras imperio premit ac uinclis et carcere
frenat. Illi indignantes magno cum murmure
montis 55 circum claustra fremunt; celsa sedet Aeolus
arce sceptra tenens, mollitque animos et
temperat iras. Ni faciat, maria ac terras caelumque
profundum quippe ferant rapidi secum uerrantque per
auras. Sed pater omnipotens speluncis abdidit
atris, 60 hoc metuens, molemque et montis insuper
altos imposuit, regemque dedit, qui foedere certo et premere et laxas sciret dare iussus
habenas. Ad quem tum Iuno supplex his uocibus usa
est : «Aeole, namque tibi diuom pater atque
hominum rex 65 et mulcere dedit fluctus et tollere uento, gens inimica mihi Tyrrhenum nauigat aequor, Ilium in Italiam portans uictosque Penates
: incute uim uentis submersasque obrue
puppes, aut age diuersos et disiice corpora
ponto. 70 Sunt mihi bis septem praestanti corpore
nymphae, quarum quae forma pulcherrima Deiopea, conubio iungam stabili propriamque dicabo, omnis ut tecum meritis pro talibus annos exigat, et pulchra faciat te prole
parentem. » 75 Aeolus haec contra: « Tuus, O regina, quid
optes explorare labor ; mihi iussa capessere fas
est. Tu mihi, quodcumque hoc regni, tu sceptra
Iouemque concilias, tu das epulis accumbere diuom, nimborumque facis tempestatumque otentem.
» 80 Haec ubi dicta, cauum conuersa cuspide
montem impulit in latus: ac uenti, uelut agmine
facto, qua data porta, ruunt et terras turbine
perflant. Incubuere mari, totumque a sedibus imis una Eurusque Notusque ruunt creberque
procellis 85 Africus, et uastos uoluunt ad litora
fluctus. Insequitur clamorque uirum stridorque
rudentum. Eripiunt subito nubes caelumque diemque Teucrorum ex oculis; ponto nox incubat
atra. Intonuere poli, et crebris micat ignibus
aether, 90 praesentemque uiris intentant omnia mortem. |
A peine, perdant de vue la terre de Sicile,
les Troyens faisaient-ils voile, joyeux, vers la haute mer, et, de l’airain
de leurs proues, fendaient-ils les ondes écumantes, que Junon, qui gardait au
fond de son cœur son éternelle blessure, se dit à elle-même : « Me
faut-il donc, vaincue, renoncer à mon entreprise, sans pouvoir détourner de
l’Italie le roi des Teucères ? Les destins me le défendent ! Pallas
a bien pu brûler la flotte des Argiens et les engloutir dans la mer, pour
châtier la faute et les fureurs du seul Ajax, fils d’Oïlée ! elle-même,
lançant du haut des nues le feu rapide de Jupiter, dispersa leurs vaisseaux,
bouleversa les flots à l’aide des vents, et, dans un tourbillon, enleva le
coupable dont la poitrine transpersée vomissait des flammes et le cloua sur
un roc aigu ! Et moi, la reine des dieux qui m’avance à leur tête, moi
la sœur et la femme de Jupiter, je fais la guerre, depuis tant d’années, à un
seul peuple ! Qui donc voudra désormais adorer la puissance divine de
Junon et porter, suppliant, des vœux à ses autels ? » La déesse, roulant de telles pensées dans
son cœur enflammé, arrive dans l’Éolie, la patrie des orages, lieux tout
pleins de furieux autans. Là, dans un antre vaste, le roi Éole maîtrise les
vents tumultueux et les bruyantes tempêtes, et les tient à l’attache,
prisonniers. Eux, indignés, avec un mugissement qui emplit la montagne, se
pressent en frémissant aux clôtures de l’enceinte. Assis au sommet du rocher,
Éole, son sceptre en main, adoucit leur humeur et modère leur courroux. Sans
lui, les vents emporteraient certainement dans leur course les mers, les
terres et la voûte du ciel, et les balaieraient dans les airs. Mais,
craignant ce danger, le Père tout-puissant les a enfermés dans de sombres
cavernes, et a entassé sur leurs têtes une lourde masse de hautes
montagnes ; et il leur a donné un roi qui, en vertu d’un pacte précis,
sut, écoutant ses ordres, ou serrer ou lâcher les rênes. C’est à lui que Junon suppliante s’adressa
alors en ces termes : « Éole, (car c’est à toi que le père des
dieux et le roi des hommes a donné le pouvoir d’apaiser les flots et de les
soulever au moyen du vent), une race que je hais navigue sur la mer
Tyrrhénienne, portant en Italie Ilion et ses Pénates vaincus : déchaîne
la violence des vents, submerge et engloutis leurs poupes, ou disperse çà et
là mes ennemis et couvre la mer de leurs corps épars. J’ai deux fois sept
nymphes dont le corps est d’une beauté éclatante : la plus belle de
toutes, Délopée, unie à toi par un hymen durable, sera ton bien propre, et je
veux que, pour prix d’un tel service, elle passe avec toi toutes ces années
et te rende père d’une belle postérité. » Éole lui répondit : « A toi,
reine, le soin d’examiner ce que tu souhaites ; à moi le devoir
d’exécuter tes ordres. C’est de toi que je tiens tout mon pouvoir, et mon
sceptre, et la faveur de Jupiter ; c’est toi qui me fais asseoir aux
festins des dieux, et disposer en maître des orages et des tempêtes. »
Ayant dit, d’un revers de lance, il a frappé le flanc du mont
caverneux ; et les vents, comme en un bataillon, se précipitent par
l’issue qui leur est ouverte, et balaient la terre de leur trombe. D’un seul
coup l’Eurus et le Notus, et l’Africus, fécond en tempêtes, se sont abattus
sur la mer, la bouleversent toute dans ses profondeurs et roulent vers les
rivages de vastes flots. Alors s’élèvent le cri des hommes et le sifflement
des câbles. Soudain les nuages dérobent le ciel et le jour aux yeux des
Teucères ; sur la mer une nuit sombre s’étend ; les cieux ont
tonné, et l’éther brille de feux redoublés, et l’univers offre aux hommes le
spectacle de la mort présente. Traduction Maurice Rat, Garnier-Flammarion,
1965. |
C’est le moment où Énée
revoit la chute de Troie : mélange des thèmes sentimentaux et épiques. Le
héros vit un moment tragique, marqué par l’incertitude et la culpabilité
rétro-active.
La
précision sur Cérès n’est pas vaine : c’est ici qu’il l’a perdue. Il se
comporte alors en chef consciencieux, rassemblant tout son monde. Son désarroi
s’exprime discrètement v. 745-746.
Épaisseur
du temps : résurrection de Troie en flammes, avec des notations précises
retraçant sa quête anxieuse : lourdeur de la syntaxe, refus du
pittoresque : seulement « horror » et « silentia » :
le spectacle est vu à travers l’esprit d’Énée.
Le
feu est décrit comme un liquide, avec un vocabulaire marin : c’est la
seule image du texte.
C’est
aussi le début de la nouvelle histoire d’ Énée : un adieu au passé,
habilement placé au début de l’épopée. Contrairement à Achille qui n’était que
le guerrier de l’Iliade, Énée est humain, alourdi par tout un poids de passé.
La perte de sa femme est associée à celle de la ville.
Il
raconte cette histoire à Didon : cela préfigure un autre abandon, celui du
livre IV. Ici Énée rejette son passé, renonce à sa vie personnelle : il se
tourne tout entier vers sa mission.
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Dieux, qui possédez l’empire des âmes, ombres muettes, et Chaos et Phlégéthon, contrée silencieuse qui s’étend largement dans la nuit, qu’il me soit permis de dire ce que j’ai entendu ; accordez-moi de répandre les choses ensevelies dans la terre profonde et l’obscurité. Ils
allaient, obscurs, dans la nuit solitaire, à travers l’ombre et les demeures
vides et les royaumes déserts de Dis. C’est ainsi qu’est le chemin dans les
forêts, sous la lune incertaine, dans une chiche lumière, quand Jupiter a
recouvert de son ombre le ciel, et que la nuit noire a ôté au monde sa
couleur. Devant le vestibule lui-même, et à l’entrée des premières gorges de
l’Orcus, Chagrin et Remords vengeurs ont établi leur couche. Là habitent les
Maladies blêmes et la sinistre Vieillesse, et la Crainte, et la Faim mauvaise
conseillère et la honteuse Pauvreté, formes terribles à voir, et la Mort, et
la Souffrance ; alors le Sommeil, frère de la mort, et la joie mauvaise
de l’esprit, et sur le seuil en face, la Guerre porteuse de mort, et les
chambres de fer des Euménides, et la folle
Discorde qui s’est noué la chevelure de vipères de bandelettes
sanglantes. Au milieu, un orme épais, immense, déploie ses rameaux et ses
branches chargées d’ans, siège que les Songes vains, en foule, hantent, et
ils s’y suspendent sous toutes les feuilles. En outre de nombreuses formes
monstrueuses de bêtes diverses : des Centaures sont à l’étable devant
les portes, et les Scylles à double forme, et Briarée aux cents bras, et le
monstre de Lerne sifflant horriblement, et la Chimère armée de flammes, les
Gorgones, les Harpyes et le fantôme de l’ombre aux trois corps. Tremblant
d’un effroi soudain, ici Énée saisit son épée et en présente la pointe nue
aux arrivants, et si sa savante compagne ne l’avertissait qu’il ne s’agit que
de vies légères, sans corps, qui volettent sous l’image inconsistante de
fantômes, il se ruerait contre elles et en vain, de son fer, transpercerait
des ombres.
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Commentaire :
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[1][1] Le Chaos désigne ici les Enfers.[1] |